Coup d’arrêt au niveau des États-Unis : le New Hampshire rejette les Bitcoin bonds à $100M, la CBDC américaine bannie — la résistance anti-crypto s’organise
Date de publication : 11 juillet 2026 — 18h06 UTC
Le paysage réglementaire des crypto-monnaies aux États-Unis a subi un double choc le 10 juillet 2026. Deux événements majeurs au niveau des États fédérés ont simultanément freiné les espoirs de l’industrie crypto : le rejet par le Conseil exécutif du New Hampshire d’une proposition historique d’émission d’obligations libellées en Bitcoin (Bitcoin bonds) d’un montant de 100 millions de dollars, et l’adoption d’une disposition bannissant de facto une monnaie numérique de banque centrale américaine (CBDC) au sein d’une loi fédérale sur le logement. Ces deux décisions, intervenues à quelques heures d’intervalle, marquent un tournant dans la relation complexe et contrastée entre les autorités américaines et l’écosystème des actifs numériques.
Alors que le Bitcoin se négociait aux alentours de 63 800 dollars au moment des faits, ces revers législatifs et réglementaires soulèvent des questions profondes sur la capacité des États américains à adopter des politiques pro-crypto dans un environnement politique de plus en plus polarisé. Ils illustrent également la fragmentation croissante entre les juridictions favorables aux crypto-monnaies et celles qui cherchent à en limiter la portée.
New Hampshire : la fin d’une expérience pionnière
La proposition rejetée par le Conseil exécutif du New Hampshire visait à autoriser l’émission de 100 millions de dollars d’obligations d’État libellées en Bitcoin. Ce mécanisme, inédit à l’échelle d’un État américain, aurait permis au New Hampshire de lever des capitaux sur les marchés financiers traditionnels tout en offrant aux investisseurs une exposition directe au Bitcoin. Les fonds ainsi collectés devaient être utilisés pour financer des projets d’infrastructure publique — routes, ponts, écoles — dans le cadre d’une stratégie visant à diversifier les sources de financement de l’État.
Le projet s’inscrivait dans une tendance plus large observée dans plusieurs États américains, où des législateurs tentent d’intégrer le Bitcoin et d’autres crypto-actifs dans les finances publiques. Le New Hampshire, connu pour sa culture libertaire et son attachement historique à la souveraineté individuelle, semblait être un terrain particulièrement fertile pour une telle initiative. Plusieurs figures politiques locales avaient défendu l’idée que l’émission d’obligations en Bitcoin constituerait un signal fort en faveur de l’innovation financière et de l’indépendance vis-à-vis du système bancaire traditionnel.
Cependant, malgré ces arguments, le Conseil exécutif a voté contre la proposition. Les sources disponibles indiquent que le rejet est intervenu à l’issue d’un débat nourri au sein du conseil, où des préoccupations ont été exprimées concernant la volatilité du Bitcoin, l’absence de cadre réglementaire clair au niveau de l’État, et les risques juridiques potentiels liés à une émission d’obligations dans un actif numérique encore non régulé. Le vote négatif du conseil a donc mis un terme à ce qui aurait constitué une première mondiale — un État américain émettant des obligations adossées au Bitcoin.
Il convient de noter que ce rejet ne signifie pas nécessairement la fin définitive du projet. Des sources proches du dossier suggèrent que les partisans de l’initiative pourraient chercher à la présenter à nouveau sous une forme révisée, ou à explorer d’autres voies législatives pour atteindre des objectifs similaires. Pour l’heure, cependant, le signal envoyé aux marchés est clair : dans le contexte politique actuel, même un État réputé favorable aux crypto-monnaies comme le New Hampshire n’est pas prêt à franchir le pas de l’émission d’obligations en Bitcoin.
La CBDC américaine bannie sous couvert d’une loi sur le logement
Le second événement, d’une portée potentiellement encore plus large, concerne l’adoption d’une disposition interdisant de facto la création d’une monnaie numérique de banque centrale américaine (CBDC). Cette disposition a été intégrée dans un texte de loi plus vaste consacré au logement, une manœuvre législative qui a pris de nombreux observateurs par surprise. Le libellé exact de la disposition, tel que rapporté par les sources disponibles, impose des limites strictes à la capacité du gouvernement fédéral à émettre, développer ou promouvoir une CBDC destinée aux particuliers.
L’inclusion de cette interdiction dans une loi sur le logement est un exemple frappant de la manière dont les questions relatives aux crypto-monnaies et à la politique monétaire sont devenues un sujet transversal au Congrès américain. En liant le sort de la CBDC à un texte législatif prioritaire — la réforme du logement — les auteurs de la disposition ont habilement contourné les débats de fond qui auraient pu avoir lieu dans le cadre d’une législation dédiée aux crypto-monnaies. Le résultat est que la banque centrale américaine, qui explorait depuis plusieurs années la possibilité de lancer un dollar numérique, se retrouve désormais confrontée à un obstacle législatif majeur.
Les implications de cette interdiction sont considérables. D’une part, elle prive les États-Unis d’un outil potentiel de modernisation du système de paiement, outil que d’autres grandes économies — notamment la Chine avec son yuan numérique, l’Union européenne avec l’euro numérique en préparation, et plusieurs banques centrales asiatiques — développent activement. D’autre part, elle représente une victoire significative pour les opposants à la CBDC, qui dénoncent depuis longtemps les risques de surveillance de masse et de contrôle étatique associés à une monnaie numérique entièrement contrôlée par le gouvernement fédéral.
Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large de méfiance à l’égard de la CBDC aux États-Unis, où des voix de plus en plus nombreuses — tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique — s’élèvent contre ce qu’elles perçoivent comme une menace pour la vie privée financière des citoyens. L’interdiction contenue dans la loi sur le logement pourrait ainsi servir de précédent pour d’autres limitations législatives dans ce domaine.
Une divergence croissante entre États pro-crypto et anti-crypto
Ces deux événements illustrent la fragmentation de plus en plus marquée du paysage réglementaire américain en matière de crypto-monnaies. D’un côté, des États comme le Wyoming, le Texas, la Floride et le New Hampshire lui-même (malgré ce revers) ont cherché à attirer les entreprises et les investisseurs crypto en adoptant des législations favorables, en offrant des incitations fiscales et en créant des cadres réglementaires adaptés. Le Wyoming, en particulier, s’est imposé comme un pionnier avec sa charte bancaire spéciale pour les dépositaires de crypto-actifs et ses lois reconnaissant explicitement le statut juridique des actifs numériques.
De l’autre côté, des États comme New York, la Californie et plusieurs États du Nord-Est ont adopté une approche plus prudente, voire restrictive, imposant des exigences réglementaires strictes et limitant les activités liées aux crypto-monnaies. Le célèbre « BitLicense » de New York reste l’un des cadres les plus exigeants du pays, et plusieurs autres États ont envisagé des mesures similaires.
Le rejet des Bitcoin bonds du New Hampshire et l’interdiction de la CBDC dans la loi sur le logement ajoutent une nouvelle complexité à cette mosaïque réglementaire. Ils montrent que même dans un État réputé pro-crypto, les grandes initiatives peuvent échouer face à des préoccupations concrètes de stabilité financière et de gestion des risques. Ils démontrent également que...
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