Le Digital Asset Market Clarity (CLARITY) Act est en train de devenir le texte de loi le plus important de l’histoire de la cryptomonnaie aux États-Unis. Alors que le Sénat américain entre dans sa dernière ligne droite avant les vacances parlementaires d’août, un nombre croissant de géants de la finance — de Fidelity à Goldman Sachs — sortent du bois pour exhorter les législateurs à adopter ce projet de loi historique. Mais entre les querelles éthiques autour de Donald Trump, l’opposition des démocrates et un calendrier qui se resserre, rien n’est encore joué.
📜 Qu’est-ce que le CLARITY Act ?
Le CLARITY Act (Digital Asset Market Clarity Act) est un projet de loi bipartisan visant à établir un cadre réglementaire complet pour les actifs numériques aux États-Unis. Porté par la sénatrice républicaine Cynthia Lummis (Wyoming) et le sénateur Tim Scott (Caroline du Sud), ce texte représente la tentative la plus aboutie à ce jour de sortir la crypto de l’incertitude juridique qui la paralyse depuis des années.
Concrètement, le CLARITY Act propose de :
- Clarifier la compétence entre la SEC et la CFTC concernant les actifs numériques
- Définir juridiquement ce qui constitue une sécurité financière vs une marchandise dans l’univers crypto
- Établir un cadre pour les stablecoins, avec des exigences de réserves et de transparence
- Créer une structure de marché pour les exchanges et plateformes de trading
- Interdire aux officiels publics — y compris le président — d’émettre ou de sponsoriser des cryptomonnaies
- Renforcer les outils de lutte contre le blanchiment d’argent adaptés à la finance décentralisée
Ce dernier point, l’interdiction pour les officiels d’émettre des cryptos, est directement lié aux projets de Donald Trump (notamment son memecoin et ses ventures NFT sur Solana). C’est le point d’achoppement principal des négociations actuelles.
⏰ La course contre la montre : 4 jours avant les vacances du Sénat
Le Sénat américain doit voter sur le CLARITY Act avant la pause parlementaire d’août, qui débute dans moins d’une semaine. Passé ce délai, le projet pourrait être repoussé après les élections de mi-mandat de novembre 2026, où il risquerait d’être pris en otage par une campagne électorale déjà chaotique.
Selon les analyses, le texte a besoin de 60 voix pour passer au Sénat. Les Républicains y détiennent une majorité de 52 sièges contre 47 pour les Démocrates. Il faut donc au minimum 8 voix démocrates pour atteindre le seuil des 60 — un équilibre extrêmement précaire.
Les marchés de prédiction reflètent l’incertitude ambiante. Sur Polymarket, les chances d’adoption du CLARITY Act oscillent entre 37% et 43% selon les jours et les rumeurs — en chute libre par rapport aux 60% de début juillet, avant que la question éthique autour de Trump ne devienne centrale.
Galaxy Digital estimait récemment que le Sénat n’avait “plus que 4 jours pour sauver le CLARITY Act”, avec une probabilité de passage tombée à 30% selon leur analyse interne. Le Trésorier Scott Bessent, lui, a déclaré que le texte était “à la ligne des 1 yard” — tout près du but, mais pas encore marqué.
🏦 Wall Street sort du bois : Fidelity, Goldman Sachs, Charles Schwab
La journée du 25 juillet 2026 a marqué un tournant dans le soutien institutionnel au CLARITY Act. Pas moins de trois géants de la finance ont pris position publiquement.
Fidelity : 7 000 milliards de dollars qui pèsent dans la balance
Fidelity Investments, le gestionnaire d’actifs de 7 000 milliards de dollars, a officiellement appelé le Sénat à voter le CLARITY Act. Dans un communiqué publié vendredi, le géant de Boston a estimé que “des réglementations claires sur les actifs numériques sont nécessaires pour renforcer la confiance des investisseurs, offrir une certitude aux participants du marché et renforcer le leadership américain dans les marchés crypto mondiaux”.
Fidelity n’est pas un nouveau venu dans la crypto. Le groupe a lancé ses premiers produits Bitcoin en 2018, propose des ETFs Bitcoin et Ethereum, et gère désormais des milliards d’actifs numériques pour le compte de clients institutionnels. Sa prise de position publique envoie un signal fort au Congrès : Wall Street veut ce cadre réglementaire.
Goldman Sachs : David Solomon brise le consensus de Wall Street
Dans un geste qui a surpris les observateurs, David Solomon, le PDG de Goldman Sachs, a publiquement soutenu le CLARITY Act, prenant le contre-pied de ses pairs de Wall Street. Traditionnellement prudente vis-à-vis de la crypto, la banque d’investissement légendaire a estimé qu’“il était temps de faire avancer le projet de loi crypto”, selon des propos rapportés par Politico.
Ce soutien a provoqué des remous dans le secteur bancaire. Selon CoinDesk, Solomon a exprimé son soutien “malgré les inquiétudes du secteur bancaire concernant les règles sur les stablecoins”. Goldman Sachs rejoint ainsi un groupe croissant d’institutions financières qui considèrent que le statu quo réglementaire est plus coûteux qu’un cadre imparfait mais clair.
Le geste est d’autant plus remarquable que Solomon avait été, par le passé, l’un des PDG les plus sceptiques de Wall Street concernant la crypto, qualifiant Bitcoin de “bulle spéculative” en 2021. Son revirement illustre l’évolution massive du secteur bancaire traditionnel face à l’adoption crypto.
Charles Schwab : 13 000 milliards de raisons de soutenir le CLARITY Act
Le courtier en ligne Charles Schwab (13 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion) a également rejoint le mouvement. Avec Fidelity, Goldman Sachs et Schwab, ce sont près de 20 000 milliards de dollars d’actifs qui se positionnent désormais en faveur du texte — un poids politique difficile à ignorer pour les sénateurs indécis.
Ces trois géants rejoignent une coalition déjà impressionnante : la Chamber of Digital Commerce, le Crypto Council for Innovation, la Blockchain Association, a16z crypto, Coinbase (dont le CEO Brian Armstrong fait activement du lobbying à Capitol Hill), et des dizaines d’autres acteurs du secteur.
⚔️ La bataille politique : Trump, l’éthique et le piège des 60 voix
Si le soutien institutionnel est massif, le chemin vers l’adoption reste semé d’embûches politiques. Le principal obstacle : les dispositions éthiques et leur interaction avec l’empire crypto de Donald Trump.
Le problème Trump
L’ancien président Donald Trump a lancé plusieurs projets crypto (memecoin, collections NFT, plateformes DeFi) qui génèrent des revenus substantiels. Le CLARITY Act, dans sa version actuelle, inclut une disposition qui interdirait aux officiels publics — y compris le président — d’émettre ou de sponsoriser des actifs numériques.
Selon Forbes, les dernières modifications du texte “interdisent à Trump les ventures crypto — mais seulement jusqu’en 2029”, une clause temporaire que les Démocrates jugent insuffisante. Le Center for American Progress a qualifié le texte de “risque pour la démocratie et la sécurité nationale”, estimant qu’il ne va pas assez loin pour prévenir les conflits d’intérêts.
La Maison Blanche, de son côté, a poussé les sénateurs démocrates à accepter un compromis, qualifiant l’accord sur l’éthique d’“historique”. Mais plusieurs élus démocrates clés ont jugé que les mesures proposées “ne vont pas assez loin”.
La position démocrate
La sénatrice Elizabeth Warren, figure de proue de l’aile progressiste anti-crypto, a qualifié le texte de “mort à l’arrivée” dans sa forme actuelle. Les Démocrates réclament des garde-fous plus stricts contre la corruption, notamment :
- Une interdiction permanente (pas temporaire jusqu’en 2029) pour les officiels de détenir ou d’émettre des cryptos
- Des mécanismes de transparence renforcée pour les portefeuilles crypto des élus
- Un délai de carence entre la fin d’un mandat et la possibilité de lancer des projets crypto
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