Les marchés de prédiction explosent. La plateforme Kalshi a enregistré un volume de transactions record de 9 milliards de dollars en juin 2026, portée par la Coupe du Monde et l’effervescence des élections américaines de mi-mandat. Mais cette croissance fulgurante attire l’attention des régulateurs des deux côtés de l’Atlantique, qui préparent des restrictions sans précédent.
Un volume multiplié par 10 en un an
En juin 2025, Kalshi traitait moins d’un milliard de dollars de volume mensuel. Un an plus tard, le chiffre a été multiplié par dix pour atteindre 9 milliards de dollars. Cette croissance vertigineuse s’explique par plusieurs facteurs convergents : la Coupe du Monde 2026 a généré un engouement sans précédent pour les paris sportifs via les marchés de prédiction, les élections de mi-mandat aux États-Unis approchent à grands pas, et l’adoption grand public des plateformes de prédiction a franchi un cap décisif.
Le PDG de Kalshi, Tarek Mansour, a déclaré que la plateforme avait dépassé le million d’utilisateurs actifs mensuels, un chiffre qui était de 200 000 il y a seulement six mois. « Les marchés de prédiction deviennent le réseau social de l’information », a-t-il affirmé lors d’une interview. « Les gens ne veulent plus juste consommer l’actualité, ils veulent parier dessus et exprimer leur opinion de manière engageante. »
L’Europe met en garde
Pendant que Kalshi engrange les volumes, l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a publié un avertissement sévère concernant les risques des marchés de prédiction pour les investisseurs particuliers. L’ESMA considère que ces plateformes s’apparentent à des produits de jeux d’argent déguisés en instruments financiers et prépare un cadre réglementaire restrictif qui pourrait bloquer l’accès des investisseurs de détail européens aux marchés de prédiction américains.
La position européenne s’aligne sur celle du MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation), qui vise à encadrer strictement les actifs numériques et les produits dérivés associés. Les marchés de prédiction basés sur la blockchain, comme Polymarket, sont particulièrement dans le viseur des régulateurs européens.
BitMart US lance une offre réglementée
Paradoxalement, alors que l’Europe serre la vis, BitMart US a annoncé le lancement de produits de prédiction réglementés sur le marché américain. Cette initiative, encadrée par les régulateurs américains, illustre la divergence croissante entre les approches réglementaires des deux continents. Là où l’Europe préfère restreindre, les États-Unis semblent pencher vers un encadrement progressif qui permet l’innovation.
Cette divergence est particulièrement notable alors que le CLARITY Act, qui vise à clarifier le cadre réglementaire américain, a vu les forces de l’ordre retirer leur opposition la semaine dernière. Le contexte réglementaire américain devient progressivement plus favorable aux actifs numériques et aux produits associés.
Kalshi face aux batailles juridiques
Malgré son succès commercial, Kalshi n’est pas à l’abri des contestations juridiques. La plateforme fait face à des poursuites dans plusieurs États américains qui contestent la légalité de ses marchés de prédiction électoraux. Les procureurs généraux de cinq États ont déposé des recours soutenant que ces marchés constituent une forme de jeu d’argent non réglementé.
Le débat juridique est complexe : la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) américaine avait initialement approuvé les marchés de prédiction de Kalshi en les qualifiant de contrats à terme réglementés. Mais plusieurs États contestent cette classification, arguant que ces marchés échappent à leurs lois sur les jeux d’argent.
Polymarket et la blockchain
Côté décentralisé, Polymarket continue de dominer le secteur des marchés de prédiction blockchain, avec un volume de plus de 1,5 milliard de dollars en juin. La plateforme basée sur Polygon bénéficie de l’anonymat et de l’absence de censure qu’offre la blockchain, mais cela la rend également plus vulnérable à une répression réglementaire. L’ESMA a explicitement mentionné les plateformes décentralisées dans son avertissement.
Le contraste est frappant : d’un côté, Kalshi, plateforme centralisée et réglementée, explose en volume légalement ; de l’autre, Polymarket, plateforme décentralisée, prospère dans une zone grise réglementaire. Les deux modèles pourraient être menacés si la tendance réglementaire actuelle se confirme.
Quel avenir pour les marchés de prédiction ?
Les marchés de prédiction sont à un carrefour histrique. D’un côté, l’adoption grand public explose avec des volumes records et des cas d’usage qui dépassent largement les simples paris sportifs : élections, résultats économiques, prix des matières premières, prix du Bitcoin. De l’autre, les régulateurs multiplient les avertissements et préparent des restrictions qui pourraient étouffer l’industrie dans son œuf.
La question fondamentale reste posée : les marchés de prédiction sont-ils un outil financier légitime qui améliore la précision des prévisions collectives, ou une forme déguisée de jeu d’argent qui exploitent les biais cognitifs des utilisateurs ? La réponse à cette question déterminera le sort d’une industrie qui pèse désormais près de 10 milliards de dollars par mois.
En attendant, les investisseurs et les traders doivent surveiller de près les développements réglementaires des prochaines semaines. L’ESMA devrait publier son cadre définitif d’ici septembre 2026, tandis que les batailles juridiques américaines pourraient s’étendre jusqu’en 2027. Une chose est sûre : le combat entre innovation et régulation ne fait que commencer.
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